Date de naissance :
12 septembre 1942
Lieu de naissance :
Bolbec (Seine-Maritime)
Après des études à l'ENS, rue d'Ulm (1963-1968), Dominique Noguez obtient une agrégation de philosophie (1967) et un doctorat en lettres et sciences humaines (1983). Sa thèse porte sur le cinéma underground nord-américain. Il devient chargé de cours de philosophie à la Sorbonne et à Nanterre (1968), coopérant puis professeur adjoint au département d'Études françaises de l'université de Montréal (1968-1971), assistant à l'UER de philosophie de paris I (1971-1972) et maître de conférences à l'UER d'Arts plastiques et sciences de l'art (Saint-Charles) de Paris I, où il crée le Ciné-club Saint-Charles. Il abandonne le professorat à la fin des années 1990 pour se consacrer à l'écriture.
Dominique Noguez est rédacteur puis rédacteur en chef de la Revue d'esthétique (1968-1996), et a collaboré à NRF (1966-1970), Les Cahiers du cinéma (1967-1968), Vie des arts (1968-1971) et L'Art vivant (1972-1975).
Dominique Noguez se décrit comme un philosophe qui a « mal tourné ». Son cheminement intellectuel l'a emmené de l'esthétique vers la critique cinématographique.
Après avoir travaillé sur le cinéma underground américain, il a rapidement préféré à la politique des auteurs la singularité du cinéma expérimental, plus proche de l'art et de l'artisanat que de l'industrie de masse du cinéma dominant. Pour son exposition 30 ans de cinéma expérimental en France, il réunit sous cette appellation des œuvres très différentes comme celles de Jean Mitry, Andy Warhol, Jean Cocteau, Marguerite Duras, Martial Raysse, Pierre Clémenti, Charlelie Couture, Jean Genet et Theo Hernandez. Sa définition est large, elle regroupe tous les films émancipés du cinéma dominant, par leur économie et leur forme. C'est un cinéma qui se fait « comme on écrit une lettre à un ami », avec les moyens trouvés par le cinéaste et en dehors des systèmes économiques courants. Il ne se soumet pas à des codes de représentation et de narration ni a la censure esthétique, morale ou technique. Ils accentuent la surprise de la perception esthétique au détriment de la facilité d'appréhension pour le spectateur. Contrairement au cinéma militant qui sert un engagement politique, les films expérimentaux ne se soumettent à aucun sens préexistant. Qu'ils expriment l'intolérable ou seulement le plaisir de créer, ils vivent avant tout pour la liberté de leurs investigations formelles. Dominique Noguez s'insurge contre les préjugés qui occultent ce cinéma, qui n'est pas élitiste mais généré par des principes de plaisir et de liberté. Il n'est pas démocratique parce qu'il plaît au plus grand nombre mais parce qu'il peut être réalisé par tous.
La liberté du cinéma est aussi sa capacité à s'intégrer au réel. Si le cinéma est l'art du double par excellence, les films entrent dans la réalité à partir du moment où le cinéaste crée un monde au lieu de le copier. Le réalisateur démiurge n'endort pas son spectateur passif dans le flux de la fiction mais il privilégie à l'« attitude de récréation » l'« attitude de recréation ». Par exemple, Dominique Noguez écrit de nombreux textes sur la grammaire cinématographique de Marguerite Duras. Il qualifie ses films de « créations dirigées ». Le spectateur est amené à participer à l'élan créateur par le déchiffrement continuel que le cinéaste exige de lui. En tant que spectateur professionnel, le critique a un rôle capital. Il a la responsabilité de ne pas laisser ces films dans l'ombre de l'incritiqué. Au cinéma dominant correspond une critique dominante aveugle aux expériences marginales de cinéastes pionniers. Si les enjeux intellectuels et pratiques de la critique sont capitaux pour leur rôle d'éclaireur, Dominique Noguez prend aussi en compte sa responsabilité morale et artistique : une page de critique a la même dignité esthétique qu'un plan de cinéma. Le critique doit transmettre l'œuvre, ne pas la citer, mais dépasser la simple description : il doit la mimer. L'écriture sur le cinéma de Dominique Noguez associe à un sérieux travail d'érudition le plaisir de l'écriture. Ses textes sont personnels et reconnus pour le plaisir qu'ils procurent à la lecture. Sous l'apparente légèreté du style, avec l'humour qui le caractérise, Dominique Noguez imagine une critique émancipée de la science et épanouie en tant que genre littéraire. Cette critique revendique la même liberté créatrice que le cinéma lui-même.
Essayiste littéraire et romancier.
Dominique Noguez a réalisé quelques films expérimentaux, dont Tosca (1978), Fotomatar (1979), Une Vita (1981).
Il a été dialoguiste pour le cinéma, notamment pour deux films de Jean-Pierre Mocky (Alliance cherche doigt en 1996 et Robin des Mers en 1997).
Il a aussi écrit des nouvelles, romans et essais pour lesquels il a reçu de nombreux prix : le Prix Fémina 1997 pour Amour Noir, Grand Prix de l'Humour noir 1999 pour Cadeaux de Noël, le prix Roger Nimier pour Les Martagons en 1995 mais aussi le prix Décembre et le prix Marguerite Duras. Ses romans Amour noir et Les Derniers Jours du Monde ont étés adaptés pour le cinéma par les frères Larrieu en 2009.
Il a aussi écrit dans des revues non spécialisées en cinéma : Les Lettres françaises, La Quinzaine littéraire, Combat, Libération, La Gazette de Biarritz.
Dominique Noguez a été candidat aux européennes en 1994, sur la liste de Jean-Pierre Chevènement.
Ouvrages et contributions :
Essais sur le cinéma québécois, Montréal, Éd. du Jour, 1970 cote : 11.03 CAN NOG
Marcel Hanoun, L' Automne [scénario], préf. de Dominique Noguez, Paris : Albatros, 1973 cote : 42 HANOU AUT HAN
Cinéma et littérature, publ. par la Société d'étude du 20e siècle, Dominique Noguez (collab.), Paris, Klincksieck, 1978 cote : 22.010 CAH c
Cinéma : théorie, lectures, textes réunis et prés. par Dominique Noguez, Paris, Klincksieck, 1978 (2e éd. rev. et mise à jour, 1973) cote : 20 NOG c
Trente ans de cinéma expérimental en France : 1950-1980, Paris, A.R.C.E.F., 1982 cote : 31.05 NOG t
Cinéma de l'an 2000, Dominique Noguez (dir.), Toulouse, Privat, 1984.
Marguerite Duras : œuvres cinématographiques : édition vidéographique critique, Pascal-Emmanuel Gallet (dir.), Dominique Noguez, Paris, Ministère des relations extérieures, 1984 cote : 51 DURAS GAL
« La gloire des mots », Marguerite Duras, Marc Saporta (dir.), Le Revest-Saint-Martin, Ed. Le Jas, 1985, pp. 25-37 cote : 51 DURAS DUR
Une renaissance du cinéma : le cinéma « underground » américain, Paris, Méridiens Klincksieck, 1985.
Musique film : catalogue, Deke Dusinberre (dir.), Yann Beauvais, textes de D. Noguez [et al.], Paris, Scratch, Cinémathèque française, 1986 cote : 22.013 DUS m
Le cinéma autrement, Paris, Éd. du Cerf, 1987, nouv. éd. augmentée (1977) cote : 26 NOG c
Adolphe Nysenholc, Charles Chaplin ou la légende des images, préf. de Dominique Noguez, Paris, Méridiens Klincksieck, 1987 cote : 51 CHAPL NYS
Cinématon : 1000 portraits filmés, 10 ans de tournage, 70 heures : le film le plus long de l'histoire du cinéma, Gérard Courant, texte de Dominique Noguez, Paris, H. Veyrier, 1989 cote : 42 COURA CIN COU
« Ingenium et ingenuitas », Marguerite Duras, Milan, Mazzotta, Paris, Cinémathèque française, 1992, p. 9 cote : 51 DURAS DUR
Ciné-journal (1959-1971), Jonas Mekas, préf. de Dominique Noguez, Paris, Paris expérimental, 1992.
Noureddine Ghali, L'avant-garde cinématographique en France dans les années vingt : idées, conceptions, théories, postface de Dominique Noguez, Paris, Paris Expérimental, 1995 cote : 11.01 FRA GHA
L' insoutenable regard de la caméra : écrits 1 / Marcel Hanoun, Paris, E. C. Éditions, 1995 cote : 51 HANOU HAN
Ce que le cinéma nous donne à désirer - Une nuit au Japon avec La Notte, Crisnée, Belgique, Yellow now, 1995.
Éloge du cinéma expérimental, Paris, Paris Expérimental, 1999 (2e éd. ref. et augm.) cote : 31.05 NOG e
Cinéma/Canada, Marta Dvorak (dir.), Dominique Noguez (collab.), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2000 cote : 11.03 CAN DVO
La couleur des mots : entretiens avec Dominique Noguez : autour de huit films / Marguerite Duras, Paris, Benoît Jacob, 2001 cote : 51 DURAS NOG
Jean-Claude Rousseau, Le Concert champêtre, précédé d'une lettre de Dominique Noguez et suivi d'une carte de Marcel Hanoun, Paris, Paris Expérimental, 2001 cote : 42 ROUSS CON ROU
Une renaissance du cinéma : le cinéma "underground" américain : histoire, économie, esthétique, Paris, Paris Expérimental, 2002 (2e éd.) cote : 11.03 USA NOG
Sur 'Le sang d'un poète' / Jean Cocteau, préf. de Dominique Noguez, Paris, Paris Expérimental, 2003 cote : 42 COCTE SAN LEB
Tu n'as rien vu à Hiroshima, Marie-Christine de Navacelle (dir.), textes de Dominique Noguez [et al], Paris, Gallimard, 2009 cote : 42 RESNA HIR NAV
Cinéma &, Paris, Paris expérimental, 2010 cote : 22.01 NOG c
Articles (sélection) :
« Histoire d'une dégringolade », Cahiers du cinéma n° 199, mars 1968, pp. 61-63.
« L'homme qui ment / Jacques Doniol-Valcroze », Cahiers du cinéma n° 200-201, avril-mai 1968, p. 133.
« Trois en un », Cahiers du cinéma n° 200-201, avril-mai 1968, pp. 121-122.
« Soyons curieux... », Cahiers du cinéma n° 202, juin-juillet 1968, p. 67.
« Le cimetière de Cannes », Cahiers du cinéma n° 205, octobre 1968, pp. 16-18.
« Lettre du Québec : "Chantal en vrac" », Cahiers du cinéma n° 206, novembre 1968, pp. 8-9.
« Lettre du Québec », Cahiers du cinéma n° 207, décembre 1968, p. 65.
« Chère chair », Cahiers du cinéma n° 211, avril 1969, pp. 7-8.
« Le cinéma (re)trouvé », Cahiers du cinéma n° 211, avril 1969, pp. 22-25.
« La face humaine », Cahiers du cinéma n° 211, avril 1969, pp. 18-21.
« Canada (suite) », Cahiers du cinéma n° 212, mai 1969, pp. 12-13.
« Silence, on parle », Cahiers du cinéma n° 212, mai 1969, p. 44.
« Pierre et Paul », Cahiers du cinéma n° 212, mai 1969, pp. 63-64.
« The legend of Lylah Clare », Cahiers du cinéma n° 212, mai 1969, p. 64.
« Lettre de Montréal », Cahiers du cinéma n° 212, mai 1969, pp. 7-8.
« Leo the last », Cahiers du cinéma n° 222, juillet 1970, p. 66.
« L'avant-garde en questions - L'immense face cachée du cinéma », Écran n° 55, février 1977, pp. 14-17.
« Dix ans après mai 68 - Cinémas de rupture », co-écrit avec Raphaël Bassan, Guy Hennebelle,
Écran n° 65, janvier 1978, pp. 35-36.
« Qu'est-ce que le cinéma expérimental ? », Écran H.S, mai-juin 1978 p. 40.
« Marcel Hanoun », L'Avant-Scène Cinéma n° 242, 15 février 1980, p. 4.
« Le cinéma expérimental aujourd'hui en France », L'Avant-Scène Cinéma n° 242, 15 février 1980, p. 17-21.
« Les Riches années 1970 dans le cinéma expérimental français (Réponse à Rose Lowder) », co-écrit avec Raphaël Bassan, Gérard Courant, Christian Lebrat, 1895 n° 43, juin 2004, p. 141.
« Le Banquet des chacals », Bref n° 86, janvier 2009, p. 16.
Traductions :
Jonas Mekas, Ciné-journal : un nouveau cinéma américain (1959-1971), trad. Dominique Noguez., Paris : Paris Expérimental, 1992 cote : 51 MEKAS MEK
Jonas Mekas, Le cinéma de la nouvelle génération, trad. De Dominique Noguez, Paris : Paris Expérimental, 2002 cote : 51 MEKAS MEK
Le film structurel, trad. de l'anglais par Eduardo De Gregorio et Dominique Noguez, Paris, Paris Expérimental, 2006 cote : 31.05 SIT f
Romans (sélection) :
M&R, Robert Laffont, 1981.
Ouverture des veines et autres distractions, Laffont, 1982.
Les trois Rimbaud, Paris, Minuit, 1986.
Le retour de l'expérience, le temps qu'il fait, cognac, 1987.
Sur Dominique Noguez :
Gérard Courant, « Portrait de Dominique Noguez », Générique n°28, 4 avril 1984, consultable sur gerardcourant.com.
« Dominique Noguez », La Critique de cinéma en France, dir. Michel Ciment, Jacques Zimmer, Paris : Ramsay, 1997, p. 371 cote : 43 CIM c
« Dominique Noguez », Cinemaction n°47, avril 1988.