Identité

Pseudonyme de :
Marcel Defosse

Date de naissance :
15 avril 1906
Lieu de naissance :
Saint-Josse-ten-Noode (Belgique)

Date de décès :
15 août 2000
Lieu du décès :
Vence (Alpes-Maritimes, France)

Formation et Carrière

Inscrit au barreau de la cour d'appel de Belgique (1927-1944), Denis Marion entame parallèlement une carrière de journaliste et de critique en tenant, à partir de 1928, une chronique consacrée au cinéma, à la littérature et à divers sujets de société - intitulée « Le Sentiment critique » - dans le mensuel bruxellois Variétés. Il collabore également notamment à La Revue du cinéma (1929-1931), à Documents (1933-1936) - organe de l'Association révolutionnaire culturelle - et à Combat (1936-1939) dont il est rédacteur en chef. Abandonnant définitivement son métier d'avocat à la Libération, il est rédacteur du Soir (Belgique, 1945-1970). Secrétaire générale de l'Association française de la critique de cinéma (1945-1948), il est membre du jury du Festival de Cannes en 1966. Professeur à l'université libre de Bruxelles (1964-1976), Marion est couronné, en Belgique, par l'Académie royale de langue et de littérature.

Trajectoire Scientifique

Critique de cinéma, le Belge Denis Marion n'a jamais transigé avec ses opinions et son éthique personnelle. À peine débute-t-il son activité critique qu'il rédige, au sein de La Revue du cinéma, une réflexion engagée et intransigeante intitulée « Éthique du film ». Parue en 4 parties, entre décembre 1930 et avril 1931, le premier « acte » réagit à un article du Daily News annonçant l'élaboration à Hollywood d'un « code de l'éthique » - en fait un code de censure morale - par W.H. Hays. Marion, refusant la hausse constante du pouvoir des financiers et des « décideurs » - et par là-même, la marchandisation du film - au détriment des créateurs et du public, appelle à la nécessité de « s'élever contre une volonté bien arrêtée de réduire le spectateur à l'état de bétail » et donc à la création d'une « éthique du film ». Projet aussitôt appliqué dans les trois autres « actes », où il s'en prend à L'Ange bleu de Sternberg - qu'il qualifie d'« apologie sophistique des conventions bourgeoises » -, à La Ligne générale d'Eisenstein - à qui il reproche certains développements « inadéquats et injustifiés » -, et au Mystère de la chambre jaune de Marcel L'Herbier - à propos duquel il dénonce le « sabotage » du roman de Leroux. La question d'éthique du cinéma est toujours au cœur de « Réalisme noir et réalisme gris » (Sept ans de cinéma français), dans lequel Marion s'interroge sur la vague grandissante de films français « noirs » et pessimistes et sur le reproche de « danger moral » qui les frappe. Dans une conclusion d'une étonnante modernité, le critique loue la fonction cathartique du cinéma et souligne l'importance pour le spectateur d'apprendre à « lire » les images - « Reste à éduquer le public pour que le déshabillé de Suzy Delair ne soit pas tout ce qu'il voie dans Quais des Orfèvres, ni le massacre de quelques Allemands tout ce qu'il apprécie dans La Bataille du rail ». Ce souci de rigueur morale, Marion l'applique également à ses propres travaux. Proche de René Clair et d'André Malraux - dont il est l'exégète avant d'être le collaborateur -, analyste de Bergman, il n'hésite pas à démonter - pour mieux le cerner - le mythe von Stroheim en révélant - de manière assez retentissante - les origines modestes, et non aristocratiques, du cinéaste (Stroheim). Fervent défenseur du cinéma (Les Gens de lettres et Aspects du cinéma) dans toutes ses formes, il veut participer à la reconnaissance du cinéma d'animation et fait de Walt Disney et Norman Mc Laren « deux des plus grands créateurs que l'écran a révélés » (Le Cinéma d'animation). À noter que son roman Si peu que rien est une description très fine du milieu du cinéma français à la fin des années trente.

Autres activités

Denis Marion a été dialoguiste et scénariste, notamment pour André Malraux et pour son ami d'enfance Albert Valentin. Spécialiste de Poe et de Daniel Defoe, dont il fut le premier traducteur intégral de Moll Flanders, il a été également auteur de romans et de pièces de théâtre ou radiophoniques.

Bibliographie

Ouvrages français :

Les Gens de lettres contre le cinéma, Paris, NRF, 1934, 9 p. cote : RES 745
Aspects du cinéma : technique, industrie, commerce, propagande, divertissement, magie... mais surtout un art !, Bruxelles, Les Éditions Lumière, coll. « Savoir », 1945, 114 p. cote : 10 MAR a
André Malraux : textes et propos, extraits de scénarios. ..., Paris, Seghers, coll. « Cinéma d'aujourd'hui », n° 65, 1970, 188 p. cote : 51 MALRA MAR
Ingmar Bergman, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1979, 191 p. cote : 51 BERGMg MAR
Le Cinéma selon André Malraux, Paris, Cahiers du cinéma, coll. « Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma », 1996, 174 p. (réédition, Paris, Éditions de l'Étoile, 1997, 174 p.) cote : 51 MALRA MAR


Contributions :

Le Cinéma français par ceux qui le font, Paris, A. Fayard, 1949, 41 p. (direction)
Sept Ans de cinéma français, Paris, Le Cerf, coll. « 7 e Art », 1953, 147 p. cote : 11.01 FRA SEP

Stroheim, Paris, Minard/Lettres modernes, coll. « Études cinématographiques », 1966, 150 p.
Le Cinéma d'animation en Belgique, Bruxelles, CNGPEO, 1982, 44 p. cote : 31.03 CIN c


Articles :

« Eric von Stroheim », La Revue du cinéma, n° 5, 15 novembre 1929, pp. 18-35
« Une éthique de cinéma », La Revue du cinéma, n° 17, 1 er décembre 1930, pp. 45-48
« Une éthique de film (II) : L'Ange bleu », La Revue du cinéma, n° 18, 1 er janvier 1931, pp. 14-19
« Une éthique de film (III) : La Ligne générale », La Revue du cinéma, n° 19, 1 er février 1930, pp. 43-47
« Une éthique du cinéma (IV) : Le Mystère de la chambre jaune », La Revue du cinéma, 1 er avril 1931, pp. 50-52
« Le bouc émissaire », Cahiers du cinéma, n° 18, décembre 1952, pp. 4-9
« Petit journal intime du cinéma », Cahiers du cinéma, n° 36, juin 1954, pp. 42-46


Autres activités :

 

Filmographie :
André Malraux, L'Espoir, 1939 (coscénariste avec Malraux et assistant réalisateur)
Pierre Dumonteil, Jeux d'ombres et de lumière, 1947 (auteur du commentaire)
Albert Valenti, Le Secret de Monte-Cristo, 1948 (coscénariste avec Léon Treich)
Albert Valenti, L'Échafaud peut attendre, 1949 (dialoguiste avec André Haguet)

 

Romans :
Si peu que rien, Paris, Gallimard, 1945, 308 p.
L'Affaire Fualdès : mélodrame à couplets en 5 actes, 4 intermèdes et 1 prologue, Paris, 13 rue Saint-Georges, 1951, 32 p.
Les Masques du destin : trois dialogues et un monologue imaginaires, Bruxelles, D. Devillez, coll. « Patrimoine », 1998, 133 p.

 

Essais et traductions :
Daniel Defoe, Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders, Bruxelles, Éditions Lumière, coll. « Corona », 1946, 338 p. (traduction)
Daniel Defoe, Paris, A. Fayard, coll. « L'Homme et son œuvre », 1948, 276 p. (sous son nom véritable : Marcel Defosse)
La Méthode intellectuelle d'Edgar Poe , Paris, Éditions de Minuit, 1952, 127 p.
Christophe Marlowe dramaturge, Paris, L'Arche, coll. « Les grands dramaturges », 1955, 159 p.
Daniel Defoe, La Maîtresse fortunée, Paris, Le Club français du livre, 1957, 458 p. (préface)
Guillaume le Taciturne, Paris, Le Club français du livre, coll. « Histoires », 1963, 286 p.